Parentalité

Ma fille à l’école – notre cheminement vers l’IEF (2/2)

nio en la carretera


Je continue le récit de notre cheminement vers l’IEF. Dans le premier article, je vous racontais la première expérience scolaire de ma fille. Moins de deux ans après, en 2014, nous recevions une lettre de l’école à laquelle Marie était inscrite nous priant d’assister à une soirée d’information pré-rentrée…

Ma fille avait à ce moment-là 5 ans, âge habituel de fréquentation scolaire au Québec. J’avais repoussé la réflexion sur la scolarisation, le temps file toujours trop vite. Je suis donc allée à la soirée d’information de l’école, une école privée, l’une des “meilleures” écoles de Montréal. Si je n’étais pas encore décidée entre école et Instruction en Famille, il était certain que je ne mettais pas ma fille dans notre école de quartier pour avoir souvent eu l’occasion d’observer au parc des classes de cette école (violence, vocabulaire fleuri), avoir discuté avec des professeurs (confirmation de problèmes de violence et d’intimidation, faible niveau scolaire) et constaté l’état de délabrement de l’établissement. Nous vivons dans un des quartiers les moins favorisés de Montréal.

L’école : soirée d’info

Durant cette soirée d’information, la directrice a d’abord chaleureusement présenté l’école puis a répondu aux questions des parents. Et bam, c’est là que j’ai compris que je n’avais pas ma place parmi ces autres parents dont les questions ne tournaient qu’autour de la réussite scolaire, de multiplier les activités optionnelles (club d’échec, club de bourse…), de préparation aux écoles secondaires et collégiales (lycées) de prestige – hein, on parle d’enfants de 5 ans là !?! C’était quasiment une caricature où vous imaginez les écoliers avec un attaché-case en guise de cartable. La notion de compétition était presque palpable dans les questions et les réponses, très loin de ce que moi je voulais pour mon enfant.

C’est aussi là où je me suis rendue compte du décalage social entre ces gens et moi. Mettre ma fille dans cette école, c’était sabrer dans le budget familial. Nous sommes dans la classe moyenne, avec des hauts et des bas selon les périodes. Les souvenirs de ma propre scolarité me sont revenus en mémoire.

(Petit apparté, ma scolarité à moi) Ce décalage, je l’ai connu. Je garde très peu de souvenirs du primaire où durant les deux dernières années je crois, j’ai fréquenté une petite école publique. Au secondaire, j’ai fait une première journée atroce au collège public de la ville puis, grâce à mes grands-parents, j’ai intégré un collège privé. Ce collège a été une vraie chance, j’y entrais quasi analphabète, j’en sortais férue de littérature et douée en Maths. J’y ai rencontré des profs passionnés et passionnants. Il y régnait confiance, discipline, autorité, joie de vivre. Mais je rencontrais ce décalage financier, vous savez au retour des vacances d’hiver lorsque vos camarades reviennent avec des marques autour des yeux, les marques des lunettes de ski. C’est un exemple parmi d’autres, je pourrais parler des vêtements que je n’avais pas les moyens de réclamer, du dernier sac d’école à la mode. En grandissant, je supportais de plus en plus difficilement le sacrifice financier parental sur mes épaules. Je n’ai jamais eu honte de mes origines, de mes modestes moyens. Cependant, la pression familiale en retour sur investissement n’a pas contribué à donner confiance à l’adulte que je suis devenue.

L’école : après-midi d’observation

Revenons à nos moutons. En sortant de la soirée d’information, ma décision était inconsciemment prise mais il me manquait encore un signe. Quelques jours après, Marie est allée faire l’après-midi d’observation pré-rentrée, avant les vacances d’été. Le souvenir de l’école Montessori était encore bien présent à son esprit mais elle s’est prêtée au jeu de bonne grâce, heureuse de rencontrer d’autres enfants. Je crois qu’elle ne réalisait pas que cette journée aurait pu être la première de nombreuses autres, je me suis gardée de lui en faire mention. Les enfants y étaient groupés par activité (physique : sauter, courir / motrice : dessiner, découper…) et observés par leurs futurs enseignants durant deux heures si mes souvenirs sont exacts. J’ai été frappée par la froideur de la directrice ce jour-là. Le signe que j’attendais est venu lorsque j’ai appris quelle serait l’enseignante de ma fille. Il y a des gens qui vous paraissent antipathiques au premier échange, c’est ce qui est arrivé avec cette femme. Le courant ne passait pas. Si dès la première rencontre elle ne faisait pas l’effort de paraître aimable, comment serait-elle plus tard ? Comment alors lui faire confiance au point de lui laisser durant une année mon trésor, ma fille ? Je n’avais pas pris en compte mon pressentiment la première fois, deux ans auparavant, je n’allais pas commettre la même erreur.

La décision était officiellement prise et je savais que je pouvais compter sur le soutien de mon conjoint : Marie n’irait pas à l’école, que ça plaise ou non !

👉 Top 5 des réflexions négatives face à l’école à la maison

 

Le témoignage de Lilie

J’ai rencontré l’été dernier cette maman montréalaise de deux enfants. Nous avons discuté de notre expérience avec cette école et avons sympathisé. Merci Lilie pour ce témoignage écrit !

J’avais donc décidé d’inscrire mon fils dans cette école privée. Etant enseignante (de musique), je ne connais que trop bien les écoles publiques et ce qui s’y passe. Il y a  certes de belles choses, mais qui ne compensent en rien le reste : violence, physique, morale, le non-respect du rythme de l’enfant, des apprentissages naturels, enfermement, etc…J’assiste donc à la réunion d’information de l’école privée. Le ton est donné dès le début ; on ressent clairement la pression qui va peser sur les enfants : «  Si vous n’êtes pas prêts à passer du temps chaque soir avec vos enfants à faire des devoirs, votre place n’est pas ici ».  Je décide tout de même d’inscrire mon fils qui va à sa première observation. Avant d’y aller, les enfants devaient dessiner au dos de la carte où était inscrit leur nom, à la maison. Elliot a choisi de faire son dessin au crayon gris et a fait un espèce de gribouillis. Je lui ai dit «  Mais il n’est pas beau ton dessin ». J’ai bien sûr tout de suite regretté mes paroles. Mon fils m’a demandé pourquoi je trouvais que son dessin n’était pas beau. Pour lui, il avait dessiné un loup avec toute une histoire autour. Je me suis rendu compte qu’en fait, je commençais à être comme «  eux » ; le dessin de mon fils allait sûrement être moins beau que ceux des autres enfants et je lui mettais déjà la pression… Là je me suis dit  que ça n’allait pas être possible de déjà penser comme ça…

Quelques semaines plus tard, l’école demande à revoir mon fils. Nous venons comme prévu au rendez-vous à 13h15. Il devait être entre 13h14 et 13h16 quand, arrivés juste devant la porte de l’école, mon téléphone sonne… L’école appelait pour savoir où nous étions… Vous voyez un peu le genre de pression ! Nous n’étions pas en avance, ni en retard ! A la fin de l’heure d’observation, la sous-directrice et une psychologue présente pour l’occasion demandent à me rencontrer. En une heure, elles ont diagnostiqué mon fils comme étant autiste, surdoué ou ayant un déficit de l’attention. Ou peut-être les trois en même temps ! Leurs arguments ? Elliot a mis DEUX fois plus de temps à faire le travail demandé que les trois autres enfants présents. Le travail consistait à découper des yeux, une bouche, un nez et les coller sur un visage vierge. « Mais rendez-vous compte madame, Elliot a découpé trois bouches !! ». Oui sauf que bon j’imagine qu’il n’en a collé qu’une seule… Mon fils, 4 ans à l’époque,  était très sensible aux odeurs. Il a senti la colle, ce qui pour elles étaient un signe évident d’autisme…Il regardait en l’air au lieu d’être à 100% concentré sur sa tâche. Puis il s’est mis à quatre pattes vers la fin, après donc être resté assis une heure à faire diverses tâches, sur l’heure de la sieste !!! Mon fils avait donc clairement un déficit de l’attention… Puis on me dit qu’il faut que je le fasse évaluer par un psychologue, et qu’il ne serait accepté à l’école que si nous payions, de notre poche donc, un éducateur spécialisé à temps plein !! Y compris pour l’heure du diner et le service de garde ! « Vous comprenez madame, l’enseignante aura autre chose à faire que de se faire dérangée par votre enfant ». Mon fils n’est clairement pas autiste, ni quoi que soit, et  je ne suis pas le genre à faire du déni.

Je pensais depuis longtemps à L’IEF, mais je m’étais dit que je commencerai plus tard. Il ne m’en fallu pas plus pour prendre ma décision. Outre les demandes aberrantes, je ne voyais pas mon fils dans cette école, avec déjà des étiquettes dessus, après l’avoir vu seulement deux heures ! Sans compter la pression, l’ultra rigidité de la discipline, la non-place à l’expression de soi.   J’ai signé la lettre de résiliation seulement deux jours avant la rentrée,  peut-être par peur de me jeter vraiment dans l’inconnu, mais la décision était déjà prise depuis longtemps !

15 commentaires

  • Gwen
    16 novembre 2016 à 16 h 44 min

    Merci pour cette deuxième partie tant attendue! Je crois que ton parcours révèle bien le “choix” auquel sont confrontés les parents aujourd’hui : école publique au niveau déplorable, zone de non-droit, ou école centrée sur la performance, zone du tout-avoir… et.souvent violente aussi mais de manière parfois plus pernicieuse.

    Bravo d’avoir osé ton choix ! Quand la machine est en marche (inscription -information – prérentrée -… chaque étape un élément bien huilé d’une mécanique qui tourne toute seule) il est encore plus difficile de s’arrêter pour se demander où elle nous mène et si on a vraiment envie d’aller là bas…

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    • Crapaud Chameau
      17 novembre 2016 à 15 h 56 min

      Je crois qu’avec la première expérience scolaire, j’ai commencé à voir les choses différemment, la vie, la société, les autres. Du coup, ça n’a pas été difficile de stopper la machine. Merci pour ce passage Gwen !

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  • Tiphanya
    15 novembre 2016 à 18 h 40 min

    C’est très intéressant de lire le cheminement des autres. J’ai eu la chance de ne pas passer par ce genre d’étape, pour moi l’IEF est une envie présente depuis mon adolescence, avec celle de construire une vie différente.
    Mais du coup je suis admirative de cette capacité à se ré-inventer dans son rôle de parent, à se mettre en question et à changer de route.

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    • Crapaud Chameau
      17 novembre 2016 à 15 h 54 min

      Et c’est amusant de voir que d’école à la maison par “dépit”, je suis passée école à la maison-mode de vie 😉

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    • Crapaud Chameau
      17 novembre 2016 à 15 h 58 min

      Et moi, je suis admirative de voir ces femmes qui avant même d’être maman savent déjà qu’elles feront l’IEF. C’est beau et inspirant de voir des esprits libres, bravo !

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  • Méla
    14 novembre 2016 à 14 h 58 min

    Bonsoir,
    merci pour ce que vous partagez sur votre blog. Ici le cheminement n’est pas au point. Je suis maman de deux enfants (4 ans et presque 6 ans) et bien que ma conviction soit profonde, je n’ai pas encore su prendre de rythme avec mes enfants. Nous sommes plutôt isolés et le travail de mon mari + l’emplacement de notre habitat ne nous permet pas d’avoir une bonne vie associative (ma fille aînée ne va pour le moment qu’au judo toutes les semaines et ma seconde ne veut pas y aller). Ce qui donne une maman déprimée qui se sent incapable de donner une instruction intéressante pour ses enfants et une remise en question du mode de vie, à savoir les scolariser. Mais cette perspective me fait beaucoup de mal.
    Vous lire me détend un peu. Merci.
    Bonne soirée

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    • Crapaud Chameau
      14 novembre 2016 à 15 h 19 min

      Bonsoir Méla,
      Votre situation est je crois celle de pas mal de familles. Au début c’est difficile, il faut du temps pour trouver ses marques, son rythme, faire des rencontres.
      Malgré les apparences, je ne suis pas ce que l’on peut dire une maman hyper impliquée socialement. La foule me fait peur, j’aime la solitude. Avec le temps, j’ai construit un réseau qui permet à mes enfants d’en fréquenter d’autres de temps en temps et à moi, de discuter avec d’autres parents. Nous entamons notre troisième année et j’ai toujours des doutes, je craque parfois aussi. Émotionnellement, ce n’est pas si simple à gérer d’avoir l’instruction des enfants sur les épaules, d’autant qu’ils n’y mettent pas toujours du leur. Discuter avec d’autres mamans sur des groupes Facebook pourrait vous faire du bien et vous aider à relativiser.
      Vous pouvez me contacter par email, je vous indiquerai des groupes d’aide si vous le souhaitez : julie@crapaud-chameau.com

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  • Véronique
    14 novembre 2016 à 9 h 54 min

    Ouf, je te trouve déjà très bonne d’avoir assisté à une séance d’information, etc.
    La majorité des parents ne se donne même pas cette peine.
    Je ne sais pas comment ça fonctionne à Montréal (avais-tu le choix entre différentes écoles publiques?). Quand on habite en banlieue ou à la campagne, il n’y a souvent qu’un seul choix d’école publique: celle qui est la plus proche de ta maison. Aucune question ne se pose.

    J’habite dans un coin où la violence et le “vocabulaire fleuri” sont omniprésents.
    J’avoue que mon propre cheminement scolaire a influencé ma décision.
    J’étais bonne à l’école mais mes cheveux bouclés étaient apparemment une raison suffisante pour rendre mes journées misérables. L’intimidation, dans mon temps, j’appelais ça Le Quotidien.

    Peut-être que mes trois bouclés auraient plus de chance que moi… mais je ne veux pas que l’école soit synonyme de calvaire, juste à cause de leur apparence. Ce n’est bien sûr pas la seule raison motivant mon choix. La compétition et la performance à tout prix font aussi partie du problème.

    Après 15 années d’école dans le corps, je ne savais même plus quels étaient mes réels intérêts ni mes véritables forces. Je souhaite au moins offrir ça à mes enfants.

    Quoi, qu’il en soit, merci beaucoup pour cet article en 2 parties. C’était très intéressant à lire (quoi que désolant pour ta fille, quand même). Par chance qu’elle a des parents attentifs à ses besoins.

    (j’écris trop, je trouve!)

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    • Crapaud Chameau
      14 novembre 2016 à 12 h 56 min

      À l’école, la moindre différence est sujette aux moqueries : bouclé, petit, grand, gros, maigre… Tes enfants sont encore petits mais tu remarqueras peut-être comme moi que les enfants instruits en famille sont moins moqueurs – et même pour beaucoup pas moqueurs du tout – que les enfants scolarisés. Ils n’ont pas honte de jouer avec des plus jeunes ou plus vieux, il n’y a pas ce cloisonnement que provoque l’école et ses classes.

      À Montréal, il n’y a maintenant plus de choix. Les écoles sont surchargées, les dérogations ne sont plus admises. Certains déménagent, d’autres se trouvent une fausse adresse dans le quartier. Ça se fait beaucoup sur le Plateau, là où les écoles publiques sont bien cotées.

      J’aime quand on écrit beaucoup sur mon blog, tu es priée de continuer 😉

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  • adeline
    14 novembre 2016 à 2 h 00 min

    c’est grace à ce type d’article que j’ai envie d’aller d’en mon inconscient aussi…Liam n’a pas encore 3ans et déjà, “le monde” souhaite qu’il soit prét pour y aller…(propreté, paroles, alphabet…) je suis fatiguée de cette pression qu’il ressent et cela se voit! ( sur lui et sur moi aussi!! )
    continuez à partager des articles comme les votres
    encore merci
    Adeline

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    • Crapaud Chameau
      14 novembre 2016 à 12 h 41 min

      Merci Adeline.
      Si je pouvais donner un conseil aux parents, ce serait qu’ils se fient à leur instinct. Faites-vous confiance, je sais que ce n’est pas évident avec la pression de l’entourage.
      Au plaisir !

      Répondre
  • Myriam
    14 novembre 2016 à 1 h 25 min

    Merci, pour ce récit.
    Comme je comprends ce décalage que tu ressens avec les autres parents obsédés par la réussite de leur progéniture. Et puis il y ceux qui ont une confiance aveugle en le système. Quand je côtoie les familles IEF, je me dis qu’avec mon tempérament le meilleur enseignement que mes enfants puissent recevoir est celui de l’école à la maison.
    Au sujet de ton expérience passé, voici encore un détail de vie qui nous rapproche. Ma mère s’était saignée aussi pour me permettre d’intégrer une prestigieuse école parisienne dans le 16ème. Un lieu très enrichissant intellectuellement, mais socialement une catastrophe. Ils ont reniflé ma misère à 3km et j’ai été le souffre douleur de mes camarades, de ma maîtresse de 7ème (CM2) et au collège de certains professeurs. A mes complaintes, ma mère n’avait de cesse de me répondre «coule toi dans le moule, cette école est une chance» .

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    • Crapaud Chameau
      14 novembre 2016 à 12 h 39 min

      Merci Myriam pour ce commentaire, effectivement on se comprend.
      Le pire a été la seconde, heureusement j’ai pu faire ma première et ma terminale dans un autre établissement.
      J’te bise !

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  • Lilie des Collines
    13 novembre 2016 à 21 h 29 min

    On se comprend pour la deuxième partie puisque mon fils a failli aller dans la même école privée mais j’ai refusé deux jours avant la rentrée! ( Mais aussi ma décision était déjà prise , inconsciemment au début). Mêmes sentiments de compétition, de performance, ect… Avec en prime une autre histoire par dessus ! Vive l’IEF !!

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    • Crapaud Chameau
      13 novembre 2016 à 21 h 47 min

      Je suis très heureuse de lire ton commentaire ici. Si tu veux développer n’hésite pas, je peux même l’inscrire directement dans l’article. Ça aiderait à mieux comprendre la mentalité de cette école et des écoles d’ici plus généralement. On se voit mardi !

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